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Le renouveau des politiques keynésiennes face à la crise

Introduction

Cet article sort un peu du scope des articles courant de danstoncloud.com mais je pense que les informations contenant cet article pourra intéresser un grand nombre de personnes y compris les passionnés de technologie. Les raisons profondes de la crise financière de 2007 qui a engendré la crise économique de 2008 doit être comprise par tous. Dans cet article, je ne vais pas parler de la bulle financière autour des spéculations immobilières et autres subprimes, mais plutôt des politiques économiques des Etats.

La macro-économie est en effet quelque chose de passionnant que j’ai découvert l’année dernière grâce aux cours d’économie et de gestion en auditeur libre à l’université en parallèle de mes études principales.

Cet article est très largement inspiré du dossier sur J.M Keynes du supplément “Enjeux” du journal les Echos (4 et 5 décembre 2009).

Introduction à la politique keynésienne

Keynes a révolutionné le courant de pensée économique de l’époque. La pensée avant Keynes est dite “classique”. La petite révolution et l’application des théories de Keynes est appelé Keynésianisme.

Keynes lors de la publication de la “Théorie générale” met en évidence plusieurs points :

Il remet en cause la loi de Say dans laquelle l’offre crée sa propre demande. Pour Keynes, l’offre ne réagit pas directement de la demande, mais de la demande dite “effective” c’est-à-dire de la demande percue par les entrepreneurs.

De là découle le reste de l’économie, avec le marché du travail stimulant consommation et investissement. L’équilibre du marché du travail se fait par les salaires et celui du marché des biens et services se fait par les prix (s’il y a du chômage, c’est que le salaire réel est supérieur à la productivité marginale du travail).

Les classiques posent aussi que dans tous les marchés les agents disposent d’une information parfaite et sont rationnelles, thèse que réfute Keynes dans son oeuvre.

D’autre part, il pense que les marchés ne peuvent s’auto-réguler.

En posant ces deux bases, Keynes établit que l’Etat a tout intérêt à intervenir dans l’économie. En effet, si c’est la demande anticipée qui détermine l’offre, c’est la consommation et l’investissement qu’il faut relancer. L’Etat peut assumer ce rôle en augmentant ses dépenses publiques.

Mais ce n’est pas tout, car il faut que l’Etat récupère à un moment ou un autre les liquidités injectées …

C’est là qu’intervient la notion de multiplicateur de revenus : toute injection de revenus par l’Etat entraîne une augmentation bien supérieure du revenu national.

Exemple : si l’Etat dépense 100 pour rémunérer des ouvriers embauchés pour construire une route et que ceux-ci ont une propension marginale à consommer (c’est-à-dire la part du revenu qu’ils vont consacrer à consommer) de 0,8 (soit 80%), ils vont achter pour 80 de produits supplémentaires. Si les producteurs de ces biens ont la même propension à consommer, ils vont à leur tour dépenser 64 (80x0,8). Et ainsi de suite. Au total pour 100 injectés, le revenu global se sera accru de 500.

Donc Keynes pense que pour relancer une économie il faut augmenter les dépenses publiques.

Il pense aussi qu’il faut garder les taux d’intérêts bas pour décourager certaines formes de spéculation pour encourager la consommation (si les taux d’intérêts sont hauts, les agents auront plus tendance à placer leur argent pour le valoriser qu’à l’utiliser).

 

L’approche néoclassique

Ces 30 dernières années, les décideurs économiques suivaient les recommandations issues des économistes dits “néoclassiques” disciples de l’école de Chicago.

Les néoclassiques/néolibéraux remettent en fait en cause les préceptes émis par Keynes durant l’entre-deux-guerres pour reprendre une partie de la pensée “classique”.

Voici les éléments remis en cause qui différencie le paradigme néolibéral du keynésianisme :

  1. Ils remettent en cause le lien entre chômage et inflation mis en évidence grâce à la courbe de Phllips et qui confirmait le point de vue keynésianiste du lien fort entre les salaires nominaux et l’inflation
  2. L’intervention de l’Etat n’aurait aucun effet sur l’économie : si l’Etat annonce une augmentation des dépenses publiques (dans l’objectif d’avoir un effet positif sur la croissance), les ménages, en anticipation de l’augmentation des impôts à terme, commencent déjà à épargner (cet effet est appelé équivalence ricardienne).
  3. L’instabilité de l’économie provient de l’offre générée par le progrès technique qui est par nature incontrôlable, même l’Etat ne peut rien y faire. L’instabilité a des inconvénients dans le court terme, mais dans le long terme il est bénéfique par la productivité qu’il apporte.
  4. Les marchés financiers sont efficients car l’information est parfaite à l’intérieur du marché : tous les agents participant au marché possèdent l’information au moment T. On ne peut faire mieux.

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L’application du courant néolibéral dans les institutions

Toutes ces théories ont amenés les décideurs économiques à plusieurs choses :

  1. La banque centrale ne peut pas tenter de stabiliser l’économie. Si elle tente de la stabiliser, elle devrait s’attaquer à la source de l’instabilité, c’est à dire le progrès technique. Mais ce ne serait pas logique, car le progrès technique est la source de la croissance de long terme. La banque centrale ayant par nature des objectifs de croissance (en tout cas pour la FED), elle risquerait sa crédibilité en s’attaquant à la source de la croissance …
  2. Les Etats ne doivent pas jouer sur les déficits et doivent équilbrer leurs finances : si l’Etat augmente ses dépenses, cela n’aura aucun effet sur la croissance dans le meilleur des cas (équivalence ricardienne) et au pire peuvent handicaper l’économie par les effets que l’augmentation potentielle des impôts futurs peuvent susciter

Dans les années 80, d’autres politiques dits “néokeynésiens” sont apparus à l’encontre des néoclassiques. Cependant, cela n’a vraiment jamais marché … jusqu’à ce jour.

Une mise en application incertaine

Cependant, aucun des deux courants de pensée économique n’a vraiment pratiquement fait ses preuves, à part dans les années 70 où chômage et inflation ont tous deux été présents soutenant la thèse des néoclassiques.

Mais les économistes, quelque soit leur école de pensée, sont d’accord sur des principes de base. Ils se basent tous sur des équilibres entre offre et demande. Et les évolutions et l’imprévisbilité de certains évenements sont dûs à l’imperfection de ces équilibres de marché :

  1. Le marché du travail : objet de nombreuses frictions engrandrant des mécaniques complexes
  2. Le marché des biens : l’offre peut être excédentaire sans pour autant qu’elle soit résorbée par une baisse des prix
  3. Les marchés financiers (avec le marché des capitaux avec les taux d’intérêts)

 

Dans les années 2000, la Chine a contribué largement à l’instabilité des marchés

Les politiques se basant sur les théories émises par les deux courants, leur politique économique ne peut être efficiente qu’au cas où les différents acteurs de l’économie agissent de façon rationnelle.

De plus, les politiques économiques sont souvent limitées géographiquement augmentant le degré d’incertitude pour prendre les décisions concernées (par exemple la Federal bank pour les Etats-Unis ou la banque centrale européenne pour l’Europe).

C’est dans ce contexte que la Chine, dans les années 2000, pays avec une croissance extraordinaire et générateur de demande apparaît.

La Chine étant en pleine croissance, beaucoup de liquidité est générée, et beaucoup d’épargant chinois choisissent de placer leur argent à l’étranger dû à l’instabilité actuelle de la Chine.

Cet excès de liquidité déstabilise les économies à l’étranger car les prix des actifs financiers sont artificiellement évalués.

Mais dans le même temps, la Chine avec un pouvoir d’achat croissant, devient friande d’actifs financiers, contribuant à la demande.

Le serpent se mord la queue, le prix des actifs financiers s’envole donc …

On ne peut bien sûr pas reprocher entièrement à la Chine les problèmes de la crise économique, même si dans le contexte macroéconomique on peut considérer que la Chine a fonctionné tel un catalyseur à la surévaluation artificielle des actifs financiers.

 

Et maintenant … ?

Tout ce qui a été décrit précédemment concernait l’avant-crise. Les politiques libérales sont favorisées et des instabilités non prévisibles par les économistes du fait de leurs bases théoriques apparaissent.

Mais après la crise, quelles politiques les Etats appliquent-ils ?

Comme l’anticipe un peu le titre de l’article, c’est les politiques keynésiennes qui remportent :

  1. Les Etats interviennent quitte à augmenter à des seuils critiques leurs déficits budgétaires
  2. Les taux directeurs des banques centrales sont drastiquement baissés

 

Conclusion

Après 30 années, il a fallu une crise majeure de l’économie pour faire prendre conscience aux Etats que leur politique néolibérale n’était pas la bonne … car finalement, ils ont compris que les marchés financiers ne s’auto-régulent pas et les bases de l’approche néoclassique ne tiennent donc plus debout …

C’est l’interprétation première face aux évènements actuels. Néanmoins, il ne faut pas oublier que les idées de Keynes ont fonctionné dans le contexte des années 30, après la crise de 1929 !

On ne peut donc prétendre qu’une pensée est meilleure que l’autre. C’est un ex-aequo au final. Ce qu’il faudrait, c’est pouvoir réduire au minimum les incertitudes, pallier à l’imperfection des marchés sans pour autant enrayer la croissance …

Faute de ça, les Etats sont condamnés à adapter sans arrêt leurs politiques économiques et comme ces 2 dernières années, sont aussi condamnés à subir les grosses crises majeures.

On pourrait aussi essayer de trouver d’autres causes macroéconomiques que les politiques en elles-mêmes, tels les cycles économiques